Interview pour la semaine de l’aromantisme

Cette interview a été réalisée en février 2019 à l’occasion de la semaine de visibilité aromantique du 18 au 23 février. Les noms sont les pseudos portés par les personnes interviewées sur la plateforme de discussion discord.

Bonjour à tous.tes !

Vous êtes peut-être tombé dessus, mais depuis quelques jours sont postés sur internet un ensemble de contenus traitant de l’aromantisme. Photos, interview, sondages, témoignages, manifestes, revendications et tracts…
La Saint-Valentin est passée et nous sommes en effet rentrés dans la semaine de la visibilité aromantique !

Aromantisme ? Kézako ?

L’aromantisme est le fait de ne pas ressentir d’attirance romantique. C’est un spectre, tout comme l’asexualité, regroupant des personnes ne ressentant pas, ou peu, d’attirance romantique.

Pourquoi ce sujet ? Parce que j’ai découvert l’aromantisme en m’inscrivant sur un discorde centré autour de l’asexualité et de l’aromantisme. Les gens que j’y ai rencontré étaient formidables, et m’ont mené à me questionner sur des concepts qui semblent ancrés (à coups de tenons et de béton) dans notre société.
Pourquoi avons-nous un culte du couple dans notre société ? Pourquoi mettons-nous en avant nos relations romantiques par rapport à nos relations platoniques, fraternelles ou amicales, aussi fusionnelles soient-elles ? Pourquoi voyons-nous l’amour romantique comme l’amour par défaut ? La réalité ne serait-elle pas plus compliquée que ce modèle binaire –couple ou célibataire, qui définit souvent notre place dans la société ?

Il est donc temps de secouer tout cela et de remettre ces certitudes en question.

En l’honneur de la semaine de l’Aromantisme, mettons les projecteurs sur ces cher.ère.s Aro (Aromantiques) et tendons leur notre micro !

Crédit photo : Association Arobase
  1. Quelques mots pour vous présenter et parler de votre place sur le spectre de l’aromantisme ?

Green Aro : Je suis un étudiant d’une vingtaine d’année vivant à Paris. Je suis aromantique, c’est à dire que je ne ressens pas d’attirance romantique, à aucun moment et d’aucune manière. C’est un concept qui m’est d’ailleurs paradoxalement assez étranger.

Violette : Je suis une jeune fille cis de 23 ans, et de toute ma vie je n’ai jamais été profondément attirée romantiquement par une personne. J’ai toujours eu du mal à comprendre les réactions des autres personnes par rapport à leurs relations romantiques (amour à sens unique, ou interdit par exemple) dans la mesure où je choisissais mes « intérêts romantiques » pendant toute mon adolescence. Une seule relation avec un de mes « intérêts choisis » se démarque des autres, dans la mesure où je pense avoir ressenti avec cette personne de l’attirance romantique durant un cours laps de temps.

Dans cette mesure, je ne suis pas sure de si je ne ressens de l’attirance romantique que très rarement et de manière peu intense (grey-aromantisme) ou si je n’en ressens pas du tout (aromantisme). Je préfère me définir comme aromantique ou arospec (NdlR : Aro-spectrum) sans préciser la nuance.   

Enzo : J’ai 27 ans, j’habite dans la banlieue parisienne, je suis étudiant en master de sociologie, je suis cisgenre, je me définis comme asexuel (NdlR : qui ne ressent pas d’attirance sexuelle) et grey-héteroromantique.

Je me considère comme grey-aromantique, ce qui signifie que je désire vivre avec une personne l’expérience d’une relation qui serait intense émotionnellement ; pour autant le sentiment romantique pourrait sans problème ne pas faire partie des-dites émotions échangées entre moi et mon hypothétique partenaire/ significant other/etc. La tendresse, la complicité et le plaisir ressenti durant les moments passés ensemble sont pour moi infiniment plus important que « l’amour » romantique au sens traditionnel du terme (= tel qu’il est présenté et mis en valeur par la culture amatonormative [NdA – culture privilégiant les relations romantiques monogame en les établissant comme étant hiérarchiquement supérieures, partant du principe qu’il s’agit d’un objectif universel nécessaire à l’épanouissement] occidentale tout du moins). Par ailleurs, les normes sociales souvent associées au couple hétéroromantique – exclusivité, démonstration d’affection sexualisée en public, insistance sur les rôles genrés des partenaires…- m’ennuient profondément. Ainsi, pour résumer, la solitude ne me satisfait pas du tout, pour autant je serais bien plus à l’aise dans une relation queerplatonique que dans une relation de couple ordinaire [NdA – relation platonique, non romantique, très intime avec un engagement émotionnel qui ne pas dans le modèle du couple sexuel et/ou romantique].

La tendresse, la complicité et le plaisir ressenti durant les moments passés ensemble sont pour moi infiniment plus important que « l’amour » romantique au sens traditionnel du terme .

Eleuterre : Je suis Eleuterre, individu de type non-binaire, révélé.e asexuel.le et aromantique il y a peu. J’adore écrire, faire de la musique, rencontrer de nouvelles personnes, être dans la nature, vivre, courir, chanter, danser, respirer ! Théoriquement, je suis étudiant.e, authentiquement, je n’en ai que le statut. Je suis aussi en service civique dans un café associatif qui est source d’initiatives sociales, culturelles et citoyennes, et ça, c’est génial!

Je ne ressens pas d’attirance pour la romance. Je peux rencontrer des personnes et les apprécier énormément, les aimer simplement. Mais de là, à avoir au fond de moi, cette envie de construire une relation romantique, de quémander des câlins ou des tendresses, de se mettre en couple et d’éprouver le besoin de l’autre, l’envie rugissante de la.e voir et de passer du temps avec el.lui, l’exigence de la.e rendre heureux.se, d’octroyer une place centrale à la personne ou à la relation, etc, autrement que par mimétisme…je n’y suis pas, je ne connais pas cela. Je sais aimer les personnes qui m’entourent. Mais, aimer, ce n’est pas forcément être en couple, ce n’est pas non plus forcément faire l’expérience de ce que décrit la société quand elle parle des relations entre deux individus ; et ce n’est pas non plus forcément désirer approfondir ce souffle de vie.

Oui voilà, pour moi, l’amour c’est un souffle de vie. Et le romantisme, c’est une construction dans laquelle les souffles de vie se répètent, s’agencent de façon à pouvoir trouver une ritournelle harmonie. Je n’ai pas cette faculté ni ce besoin de voir se répéter les effluves des instants.

  • Qu’est-ce qui vous a mené à vous identifier comme aromantiques ?

Green Aro : Unx amix (qui par la suite est devenue mae courgette [NdA –  surnom affectueux donné dans le cadre d’une relation queerplatonique à ses participant·e·s.], donc avec qui j’ai eu une relation queerplatonique, qui sort des normes de relation), m’en a parlé et j’ai par la suite fait des recherches. Je n’ai trouvé que peu de ressources francophones mais le blog « La vie en queer » m’a permis de trouver toutes les réponses que je cherchais, ça a été comme une révélation :green_heart:

Violette : J’ai découvert le terme aromantique 5 ans environ avant de m’y identifier. J’avais du mal à utiliser ce terme pour moi-même car j’avais une image de l’aromantisme emplie de clichés : des personnes étranges incapables d’aimer. J’avais l’impression que si j’utilisais le terme « aromantique » pour me décrire, je renonçais à mon bonheur.

En discutant avec une personne aromantique par hasard, j’ai réalisé que ce n’était pas du tout le cas, et que mon problème n’était pas ce que je ressentais, ce que j’étais, mais bien l’idée ancrée dans la société qui stipule qu’une relation romantique est nécessaire au bonheur. Et aussi que les personnes aromantiques ne sont pas une sorte d’extraterrestres.

Le fait de m’identifier comme aromantique a été libérateur. Je n’ai plus l’impression d’être « anormale » ou de devoir attendre « la bonne personne ». J’ai beaucoup appris au contact d’autres membres de la communauté, et je suis soulagée de l’avoir trouvée en étant encore relativement jeune.   

J’avais l’impression que si j’utilisais le terme « aromantique » pour me décrire, je renonçais à mon bonheur. En discutant avec une personne aromantique par hasard, j’ai réalisé que ce n’était pas du tout le cas .

Enzo : Je m’identifie comme étant sur le spectre aromantique depuis récemment. Jusqu’ici j’étais opposé à cette idée car je souffrais de ne pas être avec quelqu’un. Cependant sur le discord j’ai appris qu’on pouvait être très proche de quelqu’un, d’une façon qui ne corresponde pas vraiment à de l’amitié, sans pour autant que ce soit un couple romantique. J’ai grandi sans une société où l’amatonormativité prédomine, où le couple c’est l’achievement relationnel suprême; aussi je ne le savais pas. Depuis que je connais le concept de relation queer platonique j’y ai réflechi, j’ai discuté IRL (NdlR : In Real Life, c-a-d hors des conversation réunies par les réseaux sociaux et donc de vive-voix, en face à face) avec des membres du discord. Puis j’ai réalisé, en analysant précisément ce que je voulais d’une relation avec qqune – être accepté comme je suis, être très complices avec l’autre, pouvoir s’ouvrir mutuellement son cœur, faire des choses banales ensemble, se faire des câlins et des bisous et se tenir la main, voire un peu de sensualité, mais surtout pas de prise de tête – que la relation queerplatonique correspondait mieux à cette définition que le couple romantique, et j’en ai déduis que je me fichais en vérité complètement de l’amour romantique. Je suis heureux pour ceux.lles qui le ressentent (si c’est vrai) mais ce n’est pas vraiment cela dont j’ai besoin.

Eleuterre : Ma différence. Quand je me suis séparé.e de mon copain, j’avais réellement du mal à saisir pourquoi le fait que nous ne soyons plus officiellement en couple serait un frein à notre amour. J’ai compris que j’étais aromantique en comprenant que lui, était romantique. Quelque part, il avait besoin de construire une relation privilégiée et romantique avec quelqu’un.e. Pour moi, ça ne m’empêchait pas de l’aimer. Et d’ailleurs, l’aimer ne m’empêchait pas d’aimer d’autres personnes. J’ai à ce moment-là saisi toute la disparité qui était entre nous par rapport à la considération de notre relation. Nous ne nous aimions pas de la même manière.

Maintenant, je sens bien que ma façon d’aimer mes proches, mes rencontres continues ou ponctuelles, est différente de celle qui est banalisée. Je n’ai pas de mal à prendre les personnes que j’aime dans mes bras et à les serrer au plus près de mon cœur. C’est ma manière de leur dire qu’iels sont importants, et que je les aime. Et c’est aussi détaché de tout sous-entendu, et de toute attente. C’est après coup, que je réalise parfois à quel point mon comportement pourrait être interprété autrement par des spectateurs extérieurs, ou par la personne qui reçoit mes effusions. Et puis, il y a aussi le fait que je ne ressente pas de manque, pas de besoin de voir l’autre, pas d’envie de construire quelque chose, pas de relation comme plus importante ; et aussi une quasi-répulsion à être dans une situation catégorisée comme romantique. Le « presque rejet » de ces contextes n’est vrai que si les ambitions de la personne avec qui je suis sont autres que partager des instants, et laisser être spontanément les effluves des moments. Je n’avais aucune envie d’aller au restaurant avec mon copain quand il me le proposait. Je grimaçais même, lui me disait qu’il aimait ça, parfois.

Ma capacité d’aimer est linéaire. Je n’aime pas plus et pas moins certains individus. J’aime simplement différemment les multiples souffles de vie que je croise sur mon chemin. Mais je les aime sans romance, je les aime sans sexe, je les aime, simplement, je les aime. Je me suis identifié.e individu aromantique en découvrant que le romantisme, ce n’était pas l’amour.

Ma capacité d’aimer est linéaire. Je n’aime pas plus et pas moins certains individus. J’aime simplement différemment les multiples souffles de vie que je croise sur mon chemin.

  • Rencontrez-vous des discriminations, de la haine ou des comportements correctifs en tant qu’aromantiques ? Sous quelle forme ?

Green Aro : Cela peut prendre tellement de formes je ne sais même pas par où commencer… Principalement le gatekeeping dans la communauté LGBTQIAP+ [NdA – rejet d’une partie de la communauté LGBTQI+ considèrant que telle ou telle minorité ne fait pas partie de la communauté, en l’occurrence les asexuels et aromantiques, considérés comme n’affrontant pas les mêmes problématiques et n’étant pas légitimes], le système amatonormatif (où la romance est martelée comme étant la source unique et véritable du bonheur), la liste me semble si longue…

Violette : Seules peu de personnes dans mon entourage savent que je suis aromantique, ce qui me protège en partie. Je suis cependant beaucoup soumise à la pression, par mon entourage et mes amis, à me mettre en couple. Comme dit précédemment, j’ai longtemps cru que ma vie serait fatalement malheureuse si je ne pouvais ressentir d’attirance romantique. 

Un psychologue m’a expliqué qu’avoir un compagnon était nécessaire pour que ma vie future soit heureuse lors d’un exercice de projection dans le futur (cette personne était au courant de mon aromantisme), et je suis souvent confrontée à l’idée que je ne ressent aucun sentiment ou que « c’est impossible » ou que « c’est une phase » lorsque je parle d’aromantisme avec les quelques proches auprès de qui je suis out.    

Enzo : Non, jamais. En même temps très peu de gens sont au courant que je suis ace [NdA – asexuel] et personne en dehors du discord n’a la moindre idée que je suis sur le spectre aro.

Eleuterre : Non, je n’en rencontre pas. En vérité, je n’en ai encore parlé à personne, j’ai tendance à me revendiquer par des actes plutôt que par des mots. Et je relativise beaucoup ce que je vis et vois au quotidien dans la société. Je ne suis pas blessé.e ni atteint.e par la désunion entre la manière commune et partagée de vivre, et la façon propre et décalée que j’ai d’expérimenter les secondes.

  • Que répondriez-vous aux personnes qui mettent les relations romantiques au premier plan ?

Green Aro : Que c’est chiant et blessant franchement. Que ce soit des personnes malveillantes ou des amis nous abandonnant au profit de relations romantiques ça n’a aucun intérêt de le faire et peut aller jusqu’à mener des personnes au suicide… C’est très grave, vraiment.

Violette : Chaque personne est libre de hiérarchiser ses relations comme elle le désire. Il est cependant important de rappeler que l’amour romantique n’est pas ce qui fait de nous des humains, et qu’il est possible de vivre sans relation romantique.

Aussi, l’idée qu’une personne rencontrée quelques mois auparavant prenne plus de place dans la vie de quelqu’un que ses amis d’enfances ou sa famille me parait, en tant qu’aromantique, bien absurde.  

Enzo : Je leur répondrais que si elles vivent ou désirent vivre des relations romantiques c’est très bien pour eux.lles et il n’est pas question de remettre en cause leur ressenti et leur façon de vivre leur vie de manière plaisante. Toutefois il faut accepter que tou.te.s ne voient pas les choses de la même façon, certainEs ne sont pas intéressées par ce type de relation, voir en sont dégoûtées ; il faut le respecter. Cela prouve qu’il n’y a pas objectivement de hiérarchie de valeur des relations, même si les aros sont en minorité statistique. Tout comme le fait que la pizza soit un plat plus populaire et consommé par bien plus de monde que les lasagnes ne la rend pas objectivement meilleure.

Bien avant de me voir comme aro j’étais déjà contre cette hiérarchie. J’ai longtemps considéré que l’amour romantique (le vrai, pas celui que croient ressentir la plupart des gens et qui n’est que l’effet d’un mélange d’attraction esthétique et d’hormones sexuelles) était une forme d’amitié profonde développant certains points particuliers, comme certains types de contact physique. Je sais aujourd’hui que c’est plus complexe que ça et qu’il n’est pas correct de catégoriser les relations en fonction des attitudes et comportements des partenaires. Ce n’est pas parce que deux personnes – ou plus – n’ont pas de rapport sexuel qu’elles ne sont pas amoureuses l’une de l’autre, ce n’est pas parce que deux autres aiment se tenir par la main qu’elles sont forcément en couple romantique… Etc. ChacunE peut déterminer ce qui lui convient le mieux, et le cas échéant, dans quel type de relation iel est engagé.e.  Et surtout, non, la romance n’est pas l’accomplissement social ultime du bonheur.

Eleuterre : Qu’il n’y a aucun souci pour cela ! Mais ce n’est pas universel et tout le monde ne vit pas dans ce même paradigme de hiérarchisation émotionnelle. Il y a certes un grand nombre de personnes qui font comme vous, mais n’oubliez pas les électrons qui s’écartent de la moyenne sans pour autant être malheureux.es.

  • Avez-vous des médias/livres/séries/films à nous conseiller qui mettent en scène de bonnes représentations aromantiques ?

Green Aro : Pas tellement malheureusement, en médias il y a le blog « la vie en queer » dont je parlais précédemment. Sur Twitter aussi Claudie Arsenault qui entretient une base de données de personnages aros (parfois aces) dans des romans. Sinon Péridot dans Steven universe que je considère comme aromantique car je me reconnais énormément en elle sur des points très spécifiques à mon identité romantique :blush:

Violette : Malheureusement non. Les représentations aromantiques sont très peu présentes, et nous devons bien souvent réaliser nos propres représentions par le biais de fanfictions, Headcannons ou histoires amateures. 

Enzo : Malheureusement à part le fameux Aromantic Love Story que je n’ai pas lu, je ne connais rien sur ce sujet.

Eleuterre : Nop, sorry.

  • Enfin, quel message souhaiteriez-vous faire passer ?

Green Aro : Il est temps pour nous de développer notre communauté et de lui donner des revendications à la fois politiques, et dans le respect et la visibilité de nos identités. Supportez les aros, ne serait-ce que verbalement autour de vous ou en partageant des ressources de bonne qualité.

Violette : L’aromantisme existe, et nous ne sommes pas incapables de tout sentiment pour la simple raison que nous ne ressentons pas d’attirance romantique. Aussi, nous pouvons intrinsèquement être heureux·ses, et souhaiterions que la société arrête de nous dire que nous ne le pouvons pas, ou qu’il nous manque quelque chose. 

Enzo : Je crois que j’ai dit l’essentiel en 4-. Je terminerai par une chose : les gens doivent comprendre que, tant qu’iels ne nuisent pas à autrui (ou à l’environnement, mais ça tout le monde s’en fiche un peu…) personne n’a le droit de leur dicter comment mener leur existence. On ne vient pas au monde pour mener une vie formatée « Etudes, travail, amour, épouXse, enfants, chien » etc. Trouvez votre chemin, les gens. C’est pareil pour les relations ; asexuels ou aromantiques vous n’êtes pas malades et vous n’avez absolument pas moins de valeur que les zedsexuels/romantiques [NdlR : zedsexuel celleux qui ne sont pas sur le spectre asexuel]. Vous êtes 100% valides, et je vous souhaite d’être heureux car c’est la seule chose qui compte vraiment.

Eleuterre : Je voudrais te dire que, peu importe qui tu es et où tu te trouves sur le spectre de l’aromantisme (ou du romantisme d’ailleurs) : tu es légitime à ressentir et vivre les choses comme tu les ressens. Même si on ne te comprend pas, même si on tente de te faire rentrer dans un carcan figé parce qu’on croit être certain qu’il est confortable, même si tu aimes autrement la vie : tu es légitime. Ne te brime pas, ne t’empêche pas d’être qui tu es, ne t’empêche pas même d’aimer. Tu as le droit d’aimer autrement, de ne pas être le mimétique reflet de la société et de ses codes à aimer. Les relations peuvent ne pas être parfaitement symétriques. Mais qui dit asymétrie ne dit pas forcément déséquilibre.

Ne te brime pas, ne t’empêche pas d’être qui tu es, ne t’empêche pas même d’aimer. Tu as le droit d’aimer autrement, de ne pas être le mimétique reflet de la société et de ses codes à aimer.

Pour finir cet article, qui avait avant tout pour but de participer à la visibilité de l’aromantisme et de ses revendications, voilà quelques chiffres et quelques ressources !
Selon le sondage fait sur la communauté aromatique francophone en 2018, 85% sont asexuels, et parmi les zedsexuels, 47% sont bisexuels, 7% homosexuels et 11% hétérosexuels. 31% n’ont pas une identité de genre masculine ou féminine.
Enfin, 80% des aromantiques estiment faire partie de la communauté LGBTQI+.

Le drapeau de la communauté aromantique

Pour approfondir le sujet :

Témoignage sur l’aromantisme de « La vie en queer » : https://lavieenqueer.wordpress.com/2018/10/17/pourquoi-jaime-etre-aromantique/

Le site de l’association Arobase, http://aromantisme.org/ [les définitions sont reprises de leurs flyer]

Le sondage sur la communauté aromantique francophone : file:///C:/Users/Emilie/AppData/Local/Packages/Microsoft.MicrosoftEdge_8wekyb3d8bbwe/TempState/Downloads/Sondage_sur_la_communaute_aromantique_-_Final%20(1).pdf

Une vidéo-témoignage en anglais sur une aromantique : https://www.youtube.com/watch?v=1JCt-JeR8tQ&

Enfin, une vidéo en français sur les discriminations et idées préconçues touchant les aromantiques et les asexuels : https://www.youtube.com/watch?v=6Sr4UvElphI

-Emilie

La pénétration : une option ?

La pénétration peut ne pas être l’acmé d’un rapport sexuel [et heureusement] 

Gustav Klimt, Deux nues, 1905-1906, crayon sur papier, 35 x 54,5 cm, collection privée
source : Artnet

La pénétration. Le mythe de la pénétration. L’acte procréateur et potentiellement à l’origine de plaisir dans une relation hétérosexuelle. On parle bien ici de LA pénétration d’un pénis dans un vagin et non de «préliminaires» qui sont censés précéder, préparer cette pénétration.

Bon. On va pas se mentir, la réalité est un peu plus compliquée que cela et la mienne un peu plus queer.

Pour ma part je n’ai que très rarement joui [mais joui, joui quoi] d’une pénétration lors d’une relation hétérosexuelle …

Et oui mon Père, j’ai simulé.
source : Tenor

De ce constat a découlé des pensées de plusieurs ordres. [Je m’y prends mal. Telle ou telle position ne me convient pas. Je suis «clitoridienne».] J’ai remis en cause mon désir : « Si tu ne jouis pas à ce moment-là, c’est que tu n’es pas épanouie dans une relation hétérosexuelle ». La façon dont je percevais ma sexualité avait de pestilentiels relents freudiens : une immature et folâtre jouissance clitoridienne. Comme la société nous le suggère, je me suis aussi mise à rejeter l’entière responsabilité de ma jouissance, ou plutôt de son absence partielle, sur mes partenaires masculins en oubliant complètement le plaisir que je prenais durant ces fameux « préliminaires ».

Je me suis interrogée : je jouis OK. Mais pas « au bon moment ». Non mais franchement, est-ce qu’il y a un « bon moment » ? Tu as un orgasme c’est tout. Y’A PAS DE MAL A SE FAIRE DU BIEN. Pourquoi parler de « préliminaires » dans une relation sexuelle qui ne vise pas à la procréation et alors que tu ne prends pas ton pied lors de la pénétration ? Cette hiérarchie des pratiques sexuelles est-elle pertinente ? Bref, pourquoi je me demande encore parfois si «sucer/lécher c’est tromper» ?

Et puis un jour j’ai fait l’amour. J’ai joui. Lui aussi. Mais il n’y a pas eu de pénétration. On ne s’est sentis ni l’un ni l’autre obligés de sortir notre capote [à part pour une petite féfé bien sûr]. On n’a pas trouvé qu’il manquait quelque chose ou qu’on avait « pas fini ».

Première LIBÉRATION.

Oui la pénétration est une option. Et si quelque chose m’a appris cela, ce sont mes relations sexuelles avec des femmes. [Aaaahhhh un peu de queer là-dedans !]

Freudiens, s’abstenir. Car c’est bien le fait de placer la pénétration en pratique souveraine qui fait passer celles qui n’en ont pas envie ou celles qui y prennent peu de plaisir pour des « clitoridiennes », des femmes de seconde classe, immatures et qui pourraient jouir [qu’?] avec une femme mais qu’on baiserait bien quand même « pour leur montrer un peu » !

Bravo champions.
source : Tenor

C’est cela qui à mon sens est en partie responsable de l’hypersexualisation des rapports lesbiens.

Moi-même, j’ai hypersexualisé les lesbiennes, je me suis mise en scène avec des femmes dans mes fantasmes comme un réal de pornos lesbiens pour hétéros et cela me pose toujours question. Mais au début de ma vie sexuelle avec des femmes [pas celles de mes fantasmes …] m’est venue l’idée pas si évidente que ça que tout est possible, mais que rien n’est une obligation. Et cette idée était pour moi nouvelle et formidablement inspirante !

Deuxième LIBÉRATION.

C’est à ce moment-là que m’est apparue l’égale importance des pratiques sexuelles dans leur diversité. Je sais que j’en préfère certaines à d’autres et que des caresses me procurent parfois [voire souvent] plus de plaisir qu’une pénétration ou qu’un cunni. Pour moi la logique d’étapes, la gradation des pratiques n’a plus vraiment de sens, même si je concède que la pénétration a pu parfois être le point de fusion [et non d’orgasme] avec mes partenaires, peu importe leur genre. Ne plus voir la pénétration comme un objectif et surtout [par pitiééé] comme la fin d’une relation sexuelle, m’a permis de partir à la recherche du plaisir de l’autre et pour cela de découvrir son corps beaucoup plus intensément qu’en se ruant sur son sexe.

Il m’est arrivé de parler de cela avec des amis gays. Certains ont du mal à concevoir [voire ne conçoivent pas du tout] leur sexualité sans sodomie et d’autres considèrent cela comme une option ou ne la pratiquent pas [NON ce ne sont pas des gays refoulés qui font des bisous à leur copains en soirée comme ça, pour essayer]. Pour cela, je vous laisse aller lire, toujours avec esprit critique bien sûr, cet article de Têtu.

J’espère que vous avez pris plaisir à me lire et je vous dis à tout bientôt sur Mauvais Genre(s) !

Tante Pétu, qui vous veut du bien.


LGBookT+ (1) – Lectures LGBTQI+

Ce mardi 26 février a eu lieu le premier événement du Pôle Ecoute ! Il s’agissait de notre premier LGBookT+, un atelier consistant à vous faire partager vos lectures sur les thèmes queer et féministes ! Ce fût très intéressant car cela nous a permis d’amener des sujets par l’intermédiaire de ces livres, et de faire partager des anecdotes, de confronter différents points de vue calmement et dans la bonne humeur générale !

Les livres sont listés dans leur ordre de présentation le jour de l’atelier.

Pénélope Bagieu, Culottées 2, éditions Gallimard BD, 2017 (prix neuf 20,50 euro)

Le premier livre est une BD, Culottées (Tome 2 –parce que pourquoi pas commencer par la fin ? ) de Pénélope Bagieu, composée de plusieurs histoires sur des personnages féminins : des athlètes, des journalistes, des militantes, mais aussi des femmes qui se battent pour un quotidien paisible… des femmes très différentes avec chacune leur histoire. Nous avons été amenés à nous questionner sur le rôle des femmes au quotidien : une femme a-t-elle besoin d’être extraordinaire, de sortir du lot ? Y a-t-il une attitude à adopter quand on est une femme ?

Vous pouvez lire gratuitement tous les strips de la BD sur le site du Monde en cliquant sur ce lien.

Oscar Wilde, Le Portrait de Dorian Gray, collections Folio Bilingue, éditions Gallimard, 2000 (prix neuf : 11,40 euro)

Ensuite, nous avons parlé du Portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde. Ici, les relations homosexuelles entre le personnage principal et ses connaissances ne sont qu’effleurées et semblent abordées de manière subtile (j’avoue je ne l’ai pas encore lu alors je fais comme si je savais de quoi je parle, vous n’avez rien vu, rien entendu). Il nous a amené à parler de la triste fin de vie de l’auteur, du scandale de sa relation avec un membre de la noblesse et des craintes de certains de se lancer dans la lecture en anglais (il paraît que ça vaut le coup, foncez !).

On vous recommande de choisir une version bilingue pour pouvoir apprécier la finesse et subtilité de la plume d’Oscar.

Edouard Louis, En finir avec Eddy Bellegueule, édition Points, 2015 (prix neuf : 6,90 euro)

On a ensuite évoqué le roman En finir avec Eddy Bellegueule de l’auteur gay Edouard Louis. Dans une écriture cash il raconte sa jeunesse dans son petit village du nord de la France et sa difficulté de s’intégrer dans un environnement et une génération peu queer friendly. Fatigué, il décide de partir pour pour Amiens où il s’insère dans une autre classe sociale avec d’autre codes qui lui permette de découvrir son identité et de s’exprimer, mais aussi d’être confronté à de nouveaux problèmes.

On a pu évoquer ensemble la difficulté et le mal-être que ça peut provoquer quand on est une personne queer isolée, le sentiment de ne pas être à sa place et d’être une anomalie… jusqu’à ce qu’on rencontre d’autres gens qui finalement nous ressemble et/ou sont bienveillants avec notre identité.

Chloé Cruchaudet, Mauvais Genre, édition Delcourt, réédition augmentée 2018, (prix neuf : 22,95 euro)

Mauvais Genre de Chloé Cruchaudet est une BD. Il s’agit de l’histoire de Paul, qui après avoir déserté doit se travestir pour vivre dans le Paris de la Première Guerre Mondiale. Vivant parmi les femmes et comme elles, Paul prend alors conscience de sa transidentité. Cette BD soulève les questions d’identité de genre, mais n’en fait pas son sujet principal. L’accent est donné à cette période extrêmement dure à vivre du Paris des années 1910, et comment les femmes de l’arrière ont vécu la guerre. Cette oeuvre a reçu le prix du Public Cultura à Angoulême en 2014

Anecdote : c’est cette bande dessinée qui a inspiré le nom de notre club chéri ! ♥

Renée Vivien, Poèmes choisis 1901-1910, éditions points, 2018 (prix neuf 7.90 euro)

Autre découverte : Poèmes choisis 1901-1910 de Renée Vivien. Il s’agit d’un recueil de poèmes, qui nous parle des amours de l’autrice avec d’autres femmes. A ma grande surprise, j’ai appris qu’il existait un milieu lesbien à Paris au début du XXème siècle ! Nous avons donc pu évoquer l’invisibilisation de lutte des femmes queer, et à la banalisation de la lesbophobie et de la transphobie subies par ces personnes.

Pour trouver d’autres autrices, plus particulièrement des poètesses, l’illustratrice Diglee partage très régulièrement ses lectures sur son instagram. Elle a notamment réalisé une série d’illustrations, chacune inspirée d’un poème d’une poétesse dont elle donnait la biographie et les ouvrages principaux avec beaucoup de sensibilité.

Monique Wittig, La Pensée straight, éditions Amsterdam, 2018 (prix neuf : 13 euro)

La Pensée straight de Monique Wittig est un recueil de conférences féministes, lesbiens qui remet en question toute la société patriarcale et hétérocentrée dans laquelle nous vivons. On y parle de la place de la femme et on soulève un point que nous avons creusé tous ensemble : être une femme découle d’une construction sociale. Être une femme, est-ce adopter un comportement attendu par nos contemporains ? Se mettre en couple avec un homme, dépendre d’un homme, être rattachée à lui ? En effet, « les lesbiennes ne sont pas des femmes » (vous avez quatre heures) est une phrase qui a beaucoup été reprise, mais… rarement bien comprise hors de son explication donnée par Monique Wittig

Andrea d’Atri, Du Pain et des Roses, édition Communard.e,s, 2019 (prix neuf : 17 euro)

Le livre suivant a été écrit par Andrea D’Atri, figure majeure du féminisme en Argentine. Du Pain et des Roses aborde les thèmes de l’émancipation des femmes et de la lutte ouvrière, nous amenant à nous questionner sur la convergence des luttes, sur la nécessité d’abolir le capitalisme, étroitement lié au sexisme (je dis tout ça en écrivant depuis mon PC, woui woui).

C’est un livre qui remet les femmes au coeur même des luttes et qui montre bien que quelles que soit les révoltes, les révolutions, elles sont toujours dans les cœurs les plus violents des combats. Andrea d’Atri a donné avec d’autres militantes et militants une conférence passionnante à Paris en février (2019) dernier dont on vous donne la captation. Malheureusement vous ne trouverez pas le livre partout alors on vous passe un lien pour que vous puissiez l’acheter si vous le voulez (shhh ne nous remerciez pas).

John Irving, Le Monde selon Garp, édition Points, 1998 (prix neuf : 8,90 euro)

Le Monde selon Garp, de John Irving relate le parcours d’un homme cis-genre hétéro [le raccourci c’est « cishet », prononcé «cissète», hop, p’tite leçon de vocabulaire au passage, de rien ça me fait plaisir] dont la mère ayant écrit un best-seller sur le sujet est devenue une icône féministe. Garp qui grandit alors dans ce milieu très militant essaie de trouver sa place dans la lutte féministe de sa mère tout en voulant échapper à l’oppression qu’il véhicule par sa simple existence…

Ce livre nous a permis de parler de la place des hommes (privilégiés dans notre société actuelle) au sein de la lutte féministe : comment être un bon allié ? Jusqu’où un homme est-il légitime dans ce combat ?

Marie Duru-Bellat, La Tyrannie du genre, Sciences Po Presses, 2017 (prix neuf : 17 euro)

Nous avons parlé de La tyrannie du genre de Marie Duru-Bellat (tout droit sorti des Presses de Sciences Po, balèze). Cet essai nous parle de l’identité de genre, nous incite à déconstruire les mécanismes de pensée de notre société, à nous rendre compte que nous appliquons souvent ces mécanismes et qu’il est important de se déconstruire !

C’est désormais un classique des essais sur les questions du genre. Marie Duru-Bellat passe au crible ce qui aujourd’hui fait un homme ou une femme au dire des traditions de la société et s’attache à nous démontrer leur vacuité.

Manon Desveaux et Lou Lubie, La Fille dans l’écran, éditions MARAbulles, 2019 (prix neuf : 17,95 euro)

L’avant-dernier livre est La fille dans l’écran, de Lou Lubie et Manon Desveaux.
C’est une BD réalisée à deux mains et les autrices ont exploré les possibilités de la création à plusieurs. Ce n’est pas leur premier essai, Lou Lubie ayant par exemple créé le Forum Dessiné où interagissent des dessinateurs de divers horizon. Elles se rencontrent au départ dans un cadre professionnel sur Internet, l’une vivant en France, l’autre au Canada. On suit leurs échanges jusqu’à ce qu’un lien plus fort ne se tisse entre elles… (avouez, je tease trop bien). Au fil de la lecture, on voit les styles des deux dessinatrices se mélanger, et on suit avec tendresse la relation longue-distance qui se créer entre les deux personnages principaux. D’après son lecteur, la BD est agréable à lire, dans un ton « frais et léger » (je cite).

Censored Magazine, n°00 Un Corps à soi, 2018 (prix neuf : 8,00 euro)

Tous ces livres amènent des questions plus intéressantes les unes que les autres, j’ai trouvé les découvertes bien amenées et pour être honnête, ça me fait une belle liste de futures lectures (hâte de commencer). J’ai adoré, mais mon coup de cœur pour cette séance, c’est le magazine Censored, qui semble très centré sur les images coup de poing, on sent une envie de casser les stéréotypes de genres et les idées toutes faites sur le corps des femmes (dans le n°0) et des hommes (dans le n°1). C’est très coloré, tape-à-l’œil (et quelque-part ce n’est pas plus mal), et les images parlent d’elles-mêmes. On comprend tout de suite les intentions. Il faut le voir pour le comprendre. Censored ce n’est pas seulement des images mais aussi des interviews passionnantes ( Inna Schevchenko, Aïssa Maïga, Océan, ORLAN) et des essais courts mais incisifs qui font réfléchir à la place de chacun et de chacune dans notre société patriarcale.


Censored Magazine, n°01 Command And Control, 2019 (prix neuf : 10 euro)

On vous met leur présentation pour être sûr que vous saisissiez bien l’idée : Censored est un magazine de société féministe et artistique. C’est 130 pages de contenus forts et esthétiques, des couvertures qui interpellent, de gros caractères, et multiples papiers. Trimestriel, le magazine propose un équilibre entre interviews, articles, photographie, reportages, collages. Il cherche à approfondir de grands sujets sociétaux et à explorer les liens entre l’intime et le politique. Censored magazine a été pensé brut, parfois subversif, invitant à la réflexion et à l’émotion à travers un thème par numéro.
Vous retrouverez Censored en cliquant sur ce lien.

Nous avons beaucoup apprécié de pouvoir aborder des thèmes variés en partageant des lectures, j’ai trouvé que cela permettait d’amener des débats naturellement et confronter des points de vue sans briser l’ambiance, de vraiment garder un espace d’échange sécurisé dans lequel tout le monde a paru à l’aise. En espérant vous voir nombreux à notre prochain LGBookT+ !

On vous a mis les prix neufs, mais bien sûr acheter d’occaz c’est une bonne idée, voire les emprunter dans une bibli !

Le prochain rendez-vous LGBookT+ a été fixé le mardi 19 mars de 12h30 à 14h30 en salle Délos pour les étudiant.e.s de l’Ecole du Louvre! En attendant portez-vous bien, lisez et brûlez la société patriarcale et hétéronormative !

Lison

Journée de la Jupe – 7 Mars

Dans le cadre d’un partenariat avec Le Défilé de l’Histoire, nous organisons le 7 mars 2019 une Journée de la Jupe à l’École du Louvre. C’est l’occasion pour nous de revenir sur l’origine et le but de l’événement.

[Mon] postulat est que les vêtements et leur genre – féminin, masculin, neutre – sont politiques. Ils facilitent notre identification comme homme ou femme, avec toutes les conséquences que l’on imagine dans une société réglée par la domination masculine.”1

La jupe, longtemps perçue comme l’uniforme de la féminité, est un vêtement ambivalent. Outil de domination sexiste pour certain.e.s, elle a été longtemps délaissée pour le pantalon par de nombreux mouvements féministes.  Au contraire, elle est vue par d’autres comme un nouveau symbole de lutte pour l’égalité des genres.

L’organisation de Journées de la Jupe, où tout le monde est invité à porter le fameux vêtement, a pour origine, en France, des mouvements lycéens et étudiants. La première a été lancée à Rennes, en 2006, par des lycéennes suite à des remarques sexistes sur leur tenue. L’idée est reprise dans le film La Journée de Jupe en 2009 et par le collectif Ni Putes Ni Soumises en 2010 (à l’occasion de la Journée de lutte contre les violences faites aux femmes). En 2013 et 2014, des lycées de Nantes participent à “Ce que soulève la jupe”. L’action est nommée d’après l’ouvrage de Christine Bard et rencontre dans sa deuxième année l’hostilité de mouvements conservateurs, “Manif pour Tous” en tête. En 2017, les syndicats étudiants organisent pour la première fois une Journée de la jupe au niveau national.

Plus qu’un simple prétexte fashion, la Journée s’inscrit dans la lutte contre le sexisme. La jupe, vêtement socialement réservé aux femmes et hautement sexualisé, permet notamment d’aborder le sujet du regard permanent de la société sur leur corps et du harcèlement.

Ne pas être une femme et porter la jupe permet aussi de marquer son soutien dans ce combat et de s‘interroger sur la vision très genrée de nos gardes-robe. Si une femme peut mettre un pantalon sans problème et même incarner une figure d’autorité, un homme en jupe est perçu comme “dégradé” dans sa virilité. On en revient aux valeurs binaires associées aux genres dans notre société  : faiblesse pour le féminin, force pour le masculin. Et cela transparaît même dans la mode. Alors, vous avez dit futile ?

Afin de bien vous accompagner pour notre première édition de la Journée de la Jupe le 7 mars, si vous vous êtes inscrits aux Ateliers de la Jupe vous pourrez confectionner votre propre jupe avec le Club Défilé de l’Histoire. Contre 7€ et 2h de votre temps vous serez guidés pour la réalisation de votre pièce ! En bonus vous pourrez si vous le voulez exhiber votre création lors d’un défilé le 7 mars 🙂 #CoverGirl  Et même si vous ne participez pas aux ateliers, nous vous invitons quand même à venir en jupe !

Pour clore la journée en beauté, nous vous ouvrons les portes de l’Eurydice à partir de 20h pour profiter d’un Happy Hour jusqu’à 23h ET d’un fabuleux Drag Show de Plastic Lava à 21h30 !

Nous vous attendons nombreux.ses pour nous éblouir avec vos jupes, qu’elles soient faites-main ou récupérées au fond d’un placard !

L’équipe Mauvais Genre(s)

Récap’ :

Inscription à la borne BDE du 19 au 21 février, entre 12h et 14h

Ateliers : jeudi 28 février et vendredi 1er mars, de 10h à 12h

Coût : 7€

Le 7 mars

  • Défilé de la Jupe : Hall de Flore, 12h-14h
  • Afterwork : Bar l’Eurydice (79 rue du Cardinal Lemoine, 75005) , 20h
  • Drag Show de Plastic Lava, 21h30

1 Bard Christine, Ce que soulève la jupe. Identités, transgressions, résistances. Autrement, « Sexe en tous genres », 2010, 174 pages. URL : https://www.cairn.info/ce-que-souleve-la-jupe–9782746714083.htm

Ceci n’est pas un édito

J’ai pris du temps à m’y mettre pour écrire cet article. J’ai un peu la pression, et en même temps je suis très impatiente, très fière. La pression parce que c’est le premier article d’une série que j’espère longue, très longue et qui perdurera longtemps après moi. Impatiente parce que je sais que moi et les autres membres du club Mauvais Genre(s) on a vraiment très très envie de partager une foultitude de choses avec vous. Fière, parce qu’en tant que présidente du club, ce blog cristallise notre mobilisation et notre solidarité. Bref, j’ai l’impression d’écrire un édito et c’est une démarche qui m’intimide, à la fois rigolote et solennelle, vous me direz si je m’en sors pas trop mal.

Pourquoi un blog ?

C’est vrai que ce n’est pas une démarche qui va de soi, ni une nécessité pour un club du BDE (on vous fait des bisous au passage!) Après tout, à l’ère des internets et de la toile connectée, les réseaux sociaux peuvent sembler largement suffisants. Pourtant, à tout hasard l’oiseau bleu limite les posts à 140 caractères, et on ne va pas aborder ici la censure qu’exerce Visage Livre et son homologue photographique sur les images, textes queer ou féministes. Tout ça alors qu’on a vraiment beaucoup, beauuuuucoup de choses à dire et qu’on a pas envie d’être restreint et limité (hashtag Freethenipple tmtc) sur des sujets qui nous tiennent à cœur. 

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Source : giphy

Un blog c’est donc un morceau de liberté qui ne dépend que de nous. C’est l’occasion de créer une plateforme d’expression et de partage, qui nous permette d’apporter des connaissances, des expériences à toutes et à tous dans des formats variés, sur des sujets divers sans épée de Damoclès au-dessus de notre clavier. Un blog ça nous permets de sortir du carcan (fort confortable et seyant faut bien le reconnaître) du hall de Flore, et de proposer à ceux et celles qui veulent partager et échanger avec nous d’ajouter une petite pierre à l’édifice émergeant de la communauté LGBTQI+. Je dis émergent parce que depuis 10-20 ans, la société découvre (avec plus ou moins de stupéfaction) l’existence de personnes qui ne correspondent pas à une étiquette hétéronormée, cisgenrée, occidentalisée, mais surtout parce que ces mêmes personnes parviennent enfin à posséder leur propre voix et à la faire entendre hors les murs (FIAC) de leurs communautés. C’est à la fois un combat quotidien pour leurs droits, acquis ou non, et une bataille acharnée pour faire comprendre que nous ne sommes pas des créatures sorties de la civilisation déclinante et décadente du XXe siècle. Nous avons toujours existé, nous existerons toujours quelles que soit l’incompréhension, l’intolérance, la haine et la violence auxquelles nous pouvons être toutes et tous confrontée.e.s parce que nous portons sur le front la faute de ne pas être « comme tout le monde ».

Un blog c’est aussi un moyen de permettre aux lecteurs une intimité, un secret qu’on ne peut pas toujours donner pendant nos événements de club. C’est un temps pour soi, un moment qu’on choisit et qui permet d’apprendre à son rythme, de découvrir son identité ou celle de ses proches, de sa famille.


Que vous soyez LGBTQI+ ou allié.e, j’aime vous imaginer comme des navigateurs polynésiens, voguant d’île en île toujours plus loin dans l’immensité du Pacifique, s’arrêtant parfois plus longtemps au même endroit pour l’explorer, mieux le comprendre, se l’approprier peut-être, avant de finalement repartir, guidés par les étoiles, et les vagues. Les îles c’est les articles, le blog un archipel au milieu de l’océan du Queercifique, et toi l’explorateur des genres et des sexualités qui parsèment nos sociétés.

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‘Tain j’suis trop une poétesse (source: giphy )

Je vais donc m’arrêter là avant de vous perdre définitivement, tel un suiveur de Palissy ou un disciple de Michel-Ange, dans mes réflexions métaphysiques.

Je n’ai plus qu’à te souhaiter cher lecteur, chère lectrice, ou futur.e rédacteur et rédactrice, de passer un excellent moment sur Mauvais Genre(s) en espérant sincèrement que tu y découvriras beaucoup et qu’on se croisera peut-être à l’occasion ♥

Steph