Pride de Matthew Warchus : grèves et solidarités

A l’occasion de la Pride, le CineClub de l’Ecole du Louvre vous propose sur notre blog une série d’articles sur le cinéma queer et LGBT+ ! Retrouvez le CineCLub sur sa page Facebook pour ne rien rater de leurs infos !

Pride (Matthew Warchus, 2014, UK) est un film synonyme de solidarité et de convergence des luttes.

Au premier abord, il n’y a pas grand-chose de commun entre la communauté LGBTQ+ londonienne et des mineurs gallois. Mais nous sommes en 1984, période de grave crise économique et sociale au Royaume-Uni. Le gouvernement de Margaret Thatcher souhaite alors réformer le secteur minier tout en pénalisant les potentiels grévistes (jusqu’à leur interdire les piquets de grèves et les aides financières). Ces derniers luttent contre la fermeture de mines et en faveur de la revalorisation des salaires. La situation crée des dissensions entre mineurs grévistes et non-grévistes, sans compter les violentes oppositions à la police.

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Cortège de grève des mineurs gallois dans Pride.

La grève, une des plus longues de l’histoire britannique, est un échec pour les ouvriers. Mais ils reçoivent le soutien inattendu du groupe Lesbians and Gays Support the Miners (LGSM), ainsi que celui du groupe The Clash, qui lèvent des fonds au cours de l’année 1984. Pendant que les forces de l’ordre répriment les manifestants, ils ne sont plus occupés à harceler la communauté LGBTQ+. En effet, au même moment, le gouvernement britannique tente de faire voter une loi anti-LGBTQ+, discriminante notamment dans le domaine de l’emploi.

Lesbians and Gays Support the Miners
Piquet de grève devant la centrale électrique d’East Sneaden, Londres.

Le film s’inspire de la véritable histoire de ces activistes LGBTQ+. Leur action débute par une collecte de fonds pendant la Marche des Fiertés de Londres, en juin 1984. Peu de temps après, le groupe se forme au sein du syndicat de l’université de Londres avec l’aide d’un représentant du Syndicat National des Mineurs Gallois. Les membres viennent d’horizons politiques très différents (majoritairement de divers partis de gauche) mais s’unissent face au régime de Thatcher. Dans le film, pour des raisons qui tiennent à la narration, le groupe LGSM est bien plus réduit que les effectifs réels qui comptaient jusqu’à une cinquantaine de personnes par réunions hebdomadaires. 

Les premières collectes de fonds ont lieu dans des bars et des clubs qui n’accueillent pas systématiquement un public politisé. Le pub The Bow était un des soutiens les plus forts du groupe, alors qu’il est fréquenté majoritairement par des jeunes, des chômeurs et des personnes sous-payées. 

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Le noyau de LGSM dans Pride

Un deuxième groupe se forme en Écosse dans le courant de septembre 1984. Au total, onze groupes de soutien existent en janvier 1985, dont les londoniennes Lesbians Against Pit Closures en réaction à la majorité masculine de Lesbians and Gays Support the Miners. Il faut également noter qu’au sein des communautés minières, de nombreux groupes de femmes sont particulièrement actifs. Elles participent et organisent les grèves, le ravitaillement, le contact avec les autres communautés, etc. Siân James, présente dans le film, s’est politisée après la rencontre avec LGSM. Quelques années plus tard, elle devient membre du Parti Travailliste et membre du Parlement. L’engagement de ces femmes a démontré leur efficacité aux syndicats, auparavant peu ouverts à la mixité. 

Un concert caritatif organisé à l’Electric Ballroom par LGSM rapporte près de £5000. Le chanteur Jimmy Somerville y déclare « Victoire aux mineurs et victoire au socialisme ». Un autre concert est organisé à l’Hacienda de Manchester, célèbre boîte de nuit des années 1980. À la fin de la grève, LGSM compte plus de £20 000 collectées.

La convergence des luttes face à un état autoritaire est au cœur du film. Cette histoire est le parfait exemple de l’importance du décloisonnement des luttes politiques entre les différentes communautés. La solidarité et l’entraide sont la clef du progrès social.

Comme illustré à la fin du film, les mineurs et leurs familles ont formé un cortège de soutien lors de la Marche des Fiertés de 1985. Peu de temps après, le Syndicat National des Mineurs fait pression sur le Parti Travailliste pour inscrire dans leur programme le soutien à l’égalité des droits envers la communauté LGBTQ+. Le soutien de LGSM a permis d’incorporer les questions de politiques sexuelles au sein du socialisme et des politiques syndicales. Certaines communautés minières ont aussi participé aux collectes de dons pour lutter contre le Sida. 

Cette question est d’ailleurs rapidement abordée dans le film, puisque Mark Ashton (véritable activiste) découvre sa séropositivité au cours du film. Le gouvernement Thatcher et les tabloïds homophobes se servaient alors de l’épidémie pour ostraciser la communauté LGBTQ+.

Le soutien aux grévistes dans tout le pays en a très certainement modifié les mœurs. La chanson Smalltown Boy de Jimmy Somerville est un exemple contemporain du rejet de l’homosexualité en milieu rural. De même, comme le montrent le film Pride, ainsi que le court documentaire filmé par les activistes (All out ! Dancing in Dulais, 1985), les habitants, d’abord marqués par de lourds préjugés, ont vite appris à connaître les personnes de la communauté LGBTQ+ qui n’étaient pas si différentes d’eux. 

Nous ne serons jamais plus les mêmes ! » – L'Hirsute
Rencontre entre LGSM et les mineurs gallois.

Le film remporte un fort succès auprès du public. Il reste une sympathique comédie dont les spectateurs sortent enthousiastes. La bande-son n’y est pas pour rien : en effet, celle-ci enrobe le film entre disco, new-wave contemporaine et pop sucrée – on a envie de rejoindre les personnages sur la piste. Le casting prestigieux (Dominic West, Imelda Staunton, Andrew Scott, Bill Nighy, etc.) étincelle et participe de l’humour. 

Malgré quelques évidences presque caricaturales (attention spoiler : l’inévitable agression homophobe, la mention du Sida un peu bâclée, les dissensions typique de groupe, etc.), le scénario fait mouche. La répartie des personnages est jouissive et incisive. Le film montre l’essentiel en restant proche des faits mais avec une approche optimiste. A la différence de la plupart des personnages, Joe est fictionnel mais il permet d’aborder la question du coming-out et de la majorité sexuelle (alors de 16 ans pour les relations hétérosexuelles contre 21 ans pour les relations homosexuelles). 

Si le film a remporté la Queer Palm, entre autres récompenses, le casting reste malheureusement majoritairement blanc et cisgenre. Il n’est pas assez représentatif du Londres des années 1980 qui comptait déjà un grand nombre d’immigrés, venus notamment des anciennes colonies britanniques. Il ne faut pas oublier que quelques années auparavant, la communauté afro-caraïbéenne s’était révoltée contre les violences policières et le racisme institutionnel provoquant plusieurs émeutes à travers le pays.

L’histoire que raconte Pride a également été adaptée en pièce de théâtre, et le documentaire Still the Enemy Within (Owen Gower, 2014, UK) retrace cette période de grève si particulière.

Pride » : les luttes pluralistes sont révolutionnaires | Le Club ...

Sources:

AWCOCK Hannah, “Thoughts on ‘Pride’: What’s Left Out and Why Does it Matter?”, Turbulent London, 18 décembre 2014. [en ligne] Lien : https://turbulentlondon.com/2014/12/18/pits-and-perverts-revisited-pride-the-movie-and-politics-now/

CLEWS Colins, “1984. Lesbians and Gays Support the Miners. Part One”, Gay in the 80s, 10 septembre 2012. [en ligne] Lien : https://www.gayinthe80s.com/2012/09/1984-lesbians-and-gays-support-the-miners-part-one/

CLEWS Colins, “1984. Lesbians and Gays Support the Miners. Part Two”, Gay in the 80s, 13 septembre 2012. [en ligne] Lien : http://www.gayinthe80s.com/2012/09/1985-lesbians-and-gays-support-the-miners-part-two/

CLEWS Colins, “1984. Politics: Lesbians Against Pit Closures”, Gay in the 80s, 15 septembre 2014. [en ligne] Lien : http://www.gayinthe80s.com/2014/09/1984-politics-lesbians-against-pit-closures/

CLEWS Colins, “1985. Miners lead London Pride parade”, Gay in the 80s, 25 juin 2015. [en ligne] Lien : https://www.gayinthe80s.com/2015/06/1985-miners-lead-london-pride-parade/

JACKSON Mike, Lesbians and Gays Support the Miners, LGSM.

LGSM et COLE Jeff, All out! Dancing in Dulais, 1985.

MARLIERE Philippe, “« Pride » : les luttes pluralistes sont révolutionnaires”, Médiapart, 16 octobre 2014. [en ligne] Lien : https://blogs.mediapart.fr/philippe-marliere/blog/161014/pride-les-luttes-pluralistes-sont-revolutionnaires

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