Les émeutes du Stonewall Inn : résistance et mémoires

La dernière édition de la Pride était l’occasion de commémorer l’anniversaire des émeutes du Stonewall Inn, le 28 juin 1969. 50 ans après, Stonewall est vu comme le déclencheur de l’histoire des revendications LGBTQ+ aux Etats-Unis et dans le monde. Mauvais Genre(s) vous propose une petite leçon d’histoire queer afin d’en apprendre plus sur l’événement et ses mémoires .

Le bar

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Diana Davis, Le bar Stonewall Inn, 1969 (octobre ?) @Wikipedia

Le Stonewall Inn est un bar situé au 53 Christopher Street, dans le Greenwich Village, un quartier de la ville de New York. Dirigé par la mafia, il  ne possède pas de permis de vente d’alcool. Il se fait passer pour un lieu d’amusement où les clients rapportaient leurs propres bouteilles, tout en leur faisant payer des boissons diluées. Il n’y a pas d’eau courante, l’hygiène y est douteuse et la drogue assez facilement accessible. Malgré cette ambiance glauque, il s’agit d’un bar gay populaire, les lieux de rassemblement ouvertement LGBT+[1] étant assez rares. Déjà sous l’administration Eisenhower (1953-1961), les personnes coupables de “perversion sexuelle” sont bannies des postes dans l’administration fédérale[2], ce qui donne le ton sur l’acceptation des LGBT+ de l’époque. Dans les années 1960, la Mattachine Society[3] lance le mouvement du  “sip-in” (siroter) suite à une réglementation vague interdisant la vente d’alcool aux personnes considérées “disorderly” (nuisible, désordonnée) qui touche notamment les personnes supposées homosexuelles. La clientèle du Stonewall semble avoir été principalement masculine, même si des femmes cisgenres venaient de façon moindre mais constante, ainsi que les drag queens et femmes transgenres[4]. Il est difficile de connaître la vraie diversité de la clientèle. Cependant le bar est globalement fréquenté par des personnes marginalisées au sein de la communauté.


Le Stonewall verse chaque semaine 2,000 $ en pot-de-vin à la police, qui ferme les yeux sur la véritable activité de l’établissement et prévient généralement avant ses patrouilles. Cependant en cas de contrôle imprévu, les danseurs sont alertés et les barmans empochent  l’argent de la caisse pour se fondre parmi les clients. Une clause est même signée à l’entrée demandant aux clients de mentir sur la provenance de leurs boissons si nécessaire. 

Les émeutes 

Le 28 juin 1969, peu après une heure du matin, la police effectue une descente imprévue au Stonewall Inn. Les policiers contrôlent et arrêtent principalement ceux qui leur semblent dévier de la cis-hétéro-normativité (hommes « efféminés », lesbiennes butch, drag queen/king). La foule proteste dans la rue et se moque des forces de l’ordre, pendant que certain.e.s interpellé.e.s posent comme des célébrités. Selon une tradition, l’émeute aurait commencé suite à l’arrestation de Stormé DeLarverie, lesbienne butch qui aurait été la première à résister aux policiers. Une autre version raconte que Sylvia Rivera, femme transgenre habituée du bar, lance la première bouteille. Cette dernière aurait aussi jeté des pièces aux policiers, en criant “You already got the pay off, but here’s some more” (Vous avez déjà eu votre paiement, mais en voici plus ! )[5]

La police se retranche alors dans le bar dans l’attente de renforts. Suivent trois nuits d’insurrections, qui ne font pas de morts mais un certain nombre de blessés parmi les émeutiers et quelques alliés[6]. Outre la violence physique, les témoins soulignent aussi l’usage de la moquerie par les insurgés. Les émeutes de Stonewall sont l’occasion d’un relâchement d’hilarité violente contre les forces de l’ordre. Parmi les émeutiers, les drag queens mènent des performances accompagnées de chansons légères mais au message fort. “Riot police became unwitting cast members of street theater directed by drag queens” (La police anti-émeute devint un acteur involontaire du théâtre de rue mené par les drag queens)[7] .

L’aspect irrévérencieux ne doit cependant pas faire oublier la portée politique et symbolique d’une révolte de personnes oppressées envers les représentants de l’ordre moral et légal. La presse d’époque, notamment progressistes, contribue largement à diffuser cette image festive, en insistant sur les “Stonewall girls” ou les “Queen Bees” qui tournent la police en ridicule.

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Une du Sunday News du 6 juillet 1969 : « Descente de police dans le nid homo (sic), les reines des abeilles sont follement piquantes ». @Hiskind

Une semaine après les affrontements, une marche de commémoration fut organisée à New-York City. Un an après, la Christopher Street Liberation Day Parade couplée à une Gay Pride Week[8] est organisée dans la ville de New-York, notamment sous l’instigation de la militante bisexuelle Brenda Howards. Elle est aujourd’hui considérée comme la Mother of Pride[9]. Cette première marche attire à New York vraisemblablement plus 2000 personnes[10]. Elle a été reprise à Los Angeles et Chicago. Il s’agit donc de la première commémoration nationale de Stonewall, bien qu’il ne s’agissent pas du premier acte de résistance LGBT+.

Une histoire militante pré-Stonewall

Différents actes de résistance et la constitution de réseaux d’aide et de visibilité LGBT+ existent avant 1969. On trouve ainsi des précédents aux émeutes de Stonewall quelques années avant. On remarque l’importance des bars et lieux festifs, qui permettent aux personnes LGBT+ de se retrouver et qui sont souvent visées par les forces de l’ordre.

Par exemple, en 1965, la police tente d’interrompre un bal de Nouvel An à San Francisco, organisé par le Concil on Religion and the Homosexual. Une action dissuasive est menée par les forces de l’ordre, qui patrouille le quartier en surnombre et photographient les personnes entrant au bal. Y rentrer signifie donc prendre le risque de se faire outer, notamment au travail[11]. Des avocats présents empêchent cependant la police de rentrer, trois d’entre eux se font cependant arrêter avec la contrôleuse de ticket. L’influence au niveau local des mécènes de la soirée permet d’avoir une couverture médiatique dans les journaux mainstream de la région. Mais selon l’historien John D’Emilio, “the situation was too unique, gay men and lesbian in the rest of the country still too isolated and invisible for [the event] to have anything more than a local effect”[12] (la situation est trop unique, les hommes gay et lesbiennes encore trop isolés et invisibilisés dans le reste du pays pour [que l’événement] ait plus qu’un effet local). 

Autre événement à Los Angeles, en 1967 : des policiers infiltrés arrêtent et frappent des clients du bar Black Cat lors d’embrassades célébrant la nouvelle année. En protestation, une manifestation non-violente est organisée devant le bar, notamment par le collectif PRIDE[13], et l’événement motiva le véritable lancement du journal The Advocate. Ce journal à diffusion national est toujours un média important pour le militantisme LGBT+. Le jugement lié aux arrestations est un des premiers cas d’hommes homosexuels défendus comme égaux devant la Constitution aux Etats-Unis (mais ils ont quand même été condamnés).

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Annual Reminder devant la Maison Blanche de Washington, 1965. Frank Kameny (deuxième dans la ligne), pionnier activiste gay, insiste pour que les manifestants soient habillés de façon formelle pour montrer une image respectable des personnes homosexuelles @Washington Post

On pourrait continuer cette liste, et pourtant l’histoire n’aura retenu que le nom de Stonewall. Cela s’explique par plusieurs facteurs, et premièrement par l’évolution de l’activisme LGBT+ dans les années 1960. Avant Stonewall, il est plus le fait d’organisations locales ne menant pas d’actions coordonnées à grande échelle. Ainsi, la Mattachine Society, fondée en 1950, est l’un des premiers groupes de visibilité homosexuelle. Elle organise avec d’autres groupes, sous le nom collectif ECHO, les Annual Reminders, des protestations silencieuses organisées tous les 4 Juillet dans le Independence Hall de Philadelphia[14]. Le but est de signifier le manque de protection des citoyen homosexuelle par les droits civiques censées être basiques. Les participants portent des tenues très formelles et les slogans sont choisis pour ne pas être trop heurtant. Malgré ce que certains ont dénoncé comme une forme assez policée de militantisme, les Annual Reminders instituent l’idée d’une commémoration publique annuelle dont est tributaire la Pride[15].

Cependant, la fin des années soixante est marquée par une hausse des mouvements revendicatifs, comme l’activisme afro-américain, le féminisme de deuxième vague ou les manifestations contre la Guerre du Vietnam. C’est de ce climat propice à la radicalisation militante qu’est tributaire Stonewall. Il faut aussi souligner les efforts de l’activisme gay pour obtenir une place dans la presse : les émeutes de Stonewall sont couverte par des grands journaux new-yorkais à diffusion nationale[16]

Si d’autres émeutes se sont produits avant, Stonewall est la première à avoir été récupérée comme symbole pour forger un nouvel activisme LGBT+ américain (puis international). C’est ce que Elizabeth Armstrong et Suzanna Crage distingue dans la “mémorabilité” d’un événement et la capacité mnémonique d’un groupe à s’en souvenir. Le New Year Eve Ball de San Francisco est un événement à potentiel de mémoire, mais les groupes locaux n’ont pas pu le commémorer. Son histoire connaît certes une certaine revitalisation, mais surtout pour les historiens et d’habitants de San Francisco[17]. Ces autres événements ont été oubliés de manière assez directe après la première marche de 1970, vite perçue comme un symbole national[18]

Stonewall n’est donc pas le premier acte de résistance LGBT+, mais “the first to be called Stonewall n’est donc pas le premier acte de résistance LGBT+, mais “the first to be called the «first» « [19] (le premier à avoir été appelé le “premier”). La forme de la parade, facile à organiser, marquante visuellement et permettant de regrouper une population avec divers niveaux de participation (ceux regardant, ceux marchant, ceux portant des pancartes, …) explique en partie la pérennité du mouvement et donc de l’événement qu’elle commémore[20].

Stonewall patrimonialisé, Stonewall mythifié ?

Le Stonewall Inn d’origine est fermé depuis 1969, un bar éponyme ayant ouvert un peu plus loin dans la rue. Le Stonewall est un lieu de souvenir et de pèlerinage : de nombreux touristes du monde entier viennent au bar. Conséquence de ces venues, un commerce touristique s’est développé, axé sur la symbolique du “Where Pride Began” (Où la fierté a commencé). Le “nouveau” Stonewall Inn est à la fois un lieu de consommation, de mémoire, de rencontres mais permet aussi d’acheter des produits dérivés[21].

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Le Stonewall Inn en juin 2016, à l’occasion de la Pride des panneaux fête le récent classement du bâtiment comme Monument National. @Wikipédia

C’est avant tout aujourd’hui un lieu patrimonial et mémoriel. En 1989, à l’occasion des 20 ans des émeutes, la portion de rue en face du bar a été rebaptisée Stonewall place. Le bâtiment est entré au National Register of Historic Places en 1999. Il a été protégé à différentes échelles (municipales, fédérales) avant d’être classé National Monument en 2016[22]. Dans le parc, le Gay Liberation Monument comporte quatre statues de George Segal. L’artiste, commissionné en 1980, a dressé deux couples d’hommes et de femmes en bronze peint de blanc[23]. En août 2016, des activistes anonymes peignent les visages des statues en brun pour dénoncer le cis-white washing (réappropriation par les communautés cisgenres blanches) de la mémoire de Stonewall, où l’impact des personnes racisées et transgenres a été pourtant majeur. Les noms de Marsha P. Johnson, Naya Rivera ou Brenda Howards sont certes connus dans les milieux queer, mais peu répandus parmis la majorité de personnes peu conscientisées.

Image associée
George Segal, Gay Liberation Monument, 1992, New York City. @BronxArts

Stonewall est certes un symbole important, en ce qu’il représente un tournant dans la visibilité des luttes et dans la diffusion du sentiment de fierté. Mais une histoire et une commémoration des luttes précédentes et ailleurs qu’aux Etats-Unis reste à faire. Un travail d’éducation, hors et dans les communautés LGBT+, permettrait aussi d’ouvrir le regard sur cet événement encore aujourd’hui considéré, à tort, comme la première résistance gay.

Marco

Notes
[1] Cet article parlera des LGBT+ en général, même si à l’époque les termes de gay, homosexual, lesbian ou homophile étaient les plus utilisés par les revendications.
[2] Williams Institute of Law, p.5.
[3]Une des premières organisations de défense des droits des homosexuels aux Etats-Unis, fondé en 1951 et active jusque dans les années 1960. Voir Meeker, 2001, p.78-79.
[4] Il est parfois difficile de différencier le travestissement de la transidentité dans les récits de cette époque. De plus, certains auteurs peuvent qualifier de drag queens ou de travestis des personnes dont nous savons aujourd’hui qu’elle se considéraient comme femmes transgenres. Ainsi, Weems parle de Sylvia Rivera comme une drag queen.
[5] Weems, p.96.
[6] Pour la petite histoire, le chanteur de folk hétérosexuel Dave Von Ronk, prend part aux émeutes par hasard alors qu’il est de passage dans le quartier et se fait violemment arrêté et emprisonné, comme tant d’autres personnes LGBT+.
[7] Weems, p.97
[8] Si à l’origine l’événement était bien désigné par Gay Pride (ou Gay and Lesbian Pride sur certaines pancartes d’époque), nous préférons aujourd’hui le terme Pride plus inclusif. On parlera aussi de Marche des Fiertés en français.
[9] Goodman, 2019.
[10] Armstrong & Crage, p.741.
[11] Armstrong & Crage, p.730.
[12] D’Emilio, 1992, p.84, cité par Armstrong & Crage, p.732.
[13] Personal Rights in Defense and Education, organisation gay américaine créée en 1966.
[14] Lieu où furent signées la déclaration d’indépendance des Etats-Unis d’Amérique et la constitution.
[15] Armstrong & Crage, p.736.
[16] Armstrong & Crage, p.736.
[17] Armstrong & Crage, ibid.
[18] Armstrong & Crage p.743.
[19]Mattson, p.11.
[20] Armstrong & Crage, p.742.
[21] The Stonewall Inn, boutique en ligne
[22] NYC LGBT Historic Sites Project, Stonewall Inn.
[23] NYC Park, Christopher Park Monument.

Bibliographie :

ADRIAN. “Anonymous Activists Just Painted the Stonewall Statues Brown for Miss Major”, Autostraddle. Publié le 18 août 2018. Consulté sur https://www.autostraddle.com/anonymous-activists-just-painted-the-stonewall-statues-brown-for-miss-major-303357/ le 17/10/19

ARMSTRONG Elizabeth A., CRAGE Susanna M. “Movements and Memory : the making of Stonewall Myth”, American Sociological Review, 2006, n°5, pp.724-751

DUBERMAN Martin, KOPKIND Andrew. “The Night They Raided Stonewall”, Grand Street. 1993, n° 44, pp.120-147

FABER Jim. “Before the Stonewall Uprising, there was the sip-in”,The New York Times. Publié le 20 avril 2016. Consulté sur https://www.nytimes.com/2016/04/21/nyregion/before-the-stonewall-riots-there-was-the-sip-in.html (le 17/10/19)

GOODMAN Elyssa. “Drag Herstory: A Drag King’s Journey From Cabaret Legend to Iconic Activist”, Them. Publié le 29 mars 2018. Consulté sur https://www.them.us/story/drag-king-cabaret-legend-activist-storme-delarverie (le 17/10/19)

GOODMAN Elyssa. “Meet «The Mother of Pride», The Pionnering Bisexual Activist Brenda Howard”, Them. Publié le 6 juin 2019, consulté sur https://www.them.us/story/brenda-howard (le 15/10/19)

HUNTER Nan D., MALLORY Christy, SEARS Brad. “The Legacy of Discriminatory State Laws, Policies and Practices : 1945-present”, Documenting Discrimination on the Basis of Sexual Orientation and Gender Identity in State Employment.  The Williams Institute, Los Angeles, 2009, 71 p.    

L.A Conservancy. The Black Cat. Publié en 2013 (?). Consulté sur https://www.laconservancy.org/locations/black-cat (le 16/10/19)

MATTSON Gregor. The Stonewall Riots Didn’t Start the Gay Rights Movement. Publié le 12 juin 2019. Consulté sur https://daily.jstor.org/the-stonewall-riots-didnt-start-the-gay-rights-movement/ (le 19/06/2019)

MEEKER Martin. “Behind the Mask of Respectability: Reconsidering the Mattachine Society and Male Homophile Practice, 1950s and 1960s”, Journal of the History of Sexuality, Janvier 2001, n°1, pp.78-116.

National Service Park. Stonewall National Monument. Publié le 16 octobre 2016. Consulté sur https://www.nps.gov/ston/index.htm (le 18/10/19)

NYC Park. Christopher Park. Publié : s.d. Consulté sur https://www.nycgovparks.org/parks/christopher-park/monuments/575 (le 17/10/19)

The Stonewall Inn. Publié : s.d. Consulté sur https://shop.thestonewallinnnyc.com (le 20/10/19) 

WEEMS Mickey. “1969 ; Stonewall” in “A History of Festive Homosexuality : 1700-1969 CE”, The Fierce Tribe: Masculine Identity and Performance in the Circuit, University Press of Colorado & Utah State University Press, Boulder (CO), Logan (UT), 2012, pp.95-98

Antinoüs : de l’amant de l’Empereur à la divinité impériale.

    L’article qui suit est une version approfondie d’un partenariat avec le musée du Louvre dans le cadre de la Museum Week 2019 : vous pouvez voir le texte original ici !

Amant divinisé, Antinoüs reste encore actuellement une des figures emblématiques de l’amour homosexuel dans l’Antiquité. Petit rappel ou introduction pour les curieux le découvrant : Antinoüs, favori et amant de l’empereur Hadrien (117-138), était originaire de la région de Bithynie (au nord de l’actuelle Turquie). On ignore comment il rencontra Hadrien, sans doute lors de la visite de l’empereur dans cette région; le jeune Antinoüs avait alors entre 10 et 12 ans. 

Portrait d’Antinoüs en Osiris, vers 130 a.p. J.-C., marbre, musée du Louvre © Musée du Louvre

De nombreuses fois représenté, on peut le voir ici apparaître sous un traitement égyptien, portant le némès (coiffe royale) et identifié au dieu Osiris de par son nom égyptien Osirantinoos. Il s’agit d’une des nombreuses représentations d’Antinoüs, dont le Louvre ne compte pas moins de dix représentations attestées.

Contrairement aux relations entre homme grecs, qui consistaient généralement en un homme plus âgé éduquant un plus jeune, celle entre l’empereur et son favori semblait marquée par un attachement fort d’Hadrien, qui aurait porté un amour sincère à Antinoüs 1. Ce dernier accompagna l’empereur dans tous ses voyages pendant plus de six ans. Antinoüs mourut en l’an 130, à l’âge de 20 ans, dans des circonstances mystérieuses. Il meurt noyé dans les eaux du Nil en Haute-Égypte et des hypothèses variées sont aujourd’hui encore non vérifiées : fût-ce un accident, un suicide, un assassinat, un sacrifice rituel ? Personne ne le sait, mais les hypothèses à ce sujet sont encore débattues, notamment grâce à un texte en particulier, présent sur l’obélisque Barberini 2.

Bassin de la canope, IIe siècle, Villa Hadriana, Tivoli @Wikipedia

Hadrien, dont le deuil est important 3, le fait déifier la même année et des statues à son culte sont édifiées principalement en Bithynie et à Athènes. La ville d’Antinoopolis, en Égypte, est construite en son honneur selon la tradition locale, avec une association qui est établie entre le défunt éphèbe et le dieu Osiris. Ce-dernier est l’une des divinités principales de l’Egypte antique et premier pharaon mythique, piégé par son frère jaloux Seth, qui le jette dans le Nil pour s’emparer de son trône. C’est cette association au dieu noyé qui est développée avec Antinoüs. Une constellation portait notamment son nom jusqu’en 1930, dont la  présence est attestée dans les travaux du cartographe Caspar Vopel en 1536, selon les plus récentes recherches 4. La villa Hadriana (Tivoli) abritait plusieurs représentations d’Antinoüs, notamment autour du bassin de la Canope, grand plan d’eau, hommage à la noyade du favori. C’est ici que se trouvait l’Antinoüs en Osiris (musée du Louvre), liant le dieu noyé au jeune défunt. 

Antinoüs en Dionysos, vers 130 a.p. J.-C., marbre, musée du Louvre
@ musée du Louvre

Cette association divine apparaît aussi dans l’Antinoüs en Dionysos et montre la variété des représentations de l’éphèbe sous les traits de différentes divinités, tant grecques qu’égyptiennes. Il s’agit là d’une spécificité de la culture romaine, qui n’impose aux régions de l’empire que le culte impérial, et laisse par ailleurs les provinces de l’Empire conserver leur culte originel. Au Louvre figure également une statue en pied constituée d’une tête d’Antinoüs et d’un corps d’Hercule, conférant à l’éphèbe une importance iconographique qui témoigne de son intégration au culte impérial, privilège des seuls empereurs et qui n’est que rarement accordé à d’autres mortels. Le personnage d’Antinoüs présente donc une exception dans le monde romain comme égyptien, divisé au même titre que les empereurs ou les pharaons d’antan. Il est ainsi affilié directement aux dieux, comme en témoigne l’obélisque Barberini. 

 Cet obélisque, actuellement au jardin du Pincio à Rome, est le plus long témoignage écrit concernant la divinisation d’Antinoüs et l’établissement de la ville d’Antinoopolis. On y retrouve notamment une théogamie 5 classique égyptienne, le présentant d’essence divine

… parce que c’est la semence d’un dieu qui se manifeste réellement dans son corps […] ? […] ventre intact de sa mère et il a été distingué sur les briques de naissance par […].

Par ailleurs, y figure aussi des références à la création de la ville en son nom, Antinoopolis : 

Traduction d’un passage du texte en hiéroglyphe, obélisque Barberini, Face III A, Grenier J.C.
Vue de l’obélisque Barberini dans les jardin du Pincio, IIe siècle, Rome @Wikipedia

L’importance des statues à son effigie dans la villa Hadriana, villa personnelle et donc privée de l’empereur, comme le témoigne la copie en marbre d’un bronze d’Antinoüs dit Antinoüs d’Ecouen. Lui aussi conservé au musée du Louvre, il marque bien un lien fort entre l’empereur et son jeune amant. Cet attachement, qui transcende la relation conventionnelle grecque, marque ainsi un lien véritable de l’empereur pour son favori, transmis par les nombreuses représentations de l’éphèbe et les témoignages des contemporains. 

Buste d’Antinoüs, dit Antinoüs d’Ecouen, copie XVIIIe d’un original du IIe siècle, marbre, musée du Louvre
@musée du Louvre

Près de deux millénaires plus tard, cette relation reste un symbole et témoin de l’amour homosexuel dans l’Antiquité, et une source d’inspiration pour les auteurs ! 

« Antinoüs […] avait d’un jeune chien les capacités infinies d’enjouement et d’indolence, la sauvagerie, la confiance. Ce beau lévrier avide de caresses et d’ordres se coucha sur ma vie.» M. Yourcenar, Mémoires d’Hadrien 6.

Un grand merci à Chloé Vui qui est l’âme directrice de cet article  

Toujours vôtre,

La Tsarine 

1. Royston L., 1984. Beloved and God: The Story of Hadrian and Antinous. Weidenfeld & Nicolson, p.94, p.48

2.  C’est sur la face II A de cet obélisque que figurent notamment différentes versions de la mort d’Antinoüs. Voir : Grenier J.-C., 2008. L’Osiris Antinoos, CENIM I, Montpellier, p.47-p.58

3. Grenier J.-C. 2008. L’Osiris Antinoos, CENIM I, Montpellier, p.67

4. Thomson G. J, 2010. An Outline Sketch of the Origin and History of Constellations and Star-Names, archives Internet (Wayback Machine), 7 Novembre 2010,

5. La théogamie, du grec “θεoγαμία” (le mariage des dieux), désigne dans la mythologie égyptienne le principe selon lequel un dieu prend l’apparence du pharaon pour s’unir à l’épouse royal et concevoir le futur héritier. La première attestation de ce type de représentation est visible dans le complexe funéraire de la reine Hatchepsout à Deir el-Bahari.

6. Yourcenar M., 1951. Mémoires d’Hadrien, Editions Gallimard, Paris, p. 170-171

Sources : 

Grenier J.-C., L’Osiris Antinoos, CENIM I, Montpellier, 2008

TURCAN R., Hadrien, souverain de la romanité, Editions Faton, Dijon, 2008

BARATTE F., Histoire de l’art antique : l’Art romain, Manuels de l’école du Louvre

www.cartelfr.louvre.fr

www.cnrtl.fr

LGBookT+ (2) – Lectures LGBTQI+

Bonjour à tous ! Mardi 19 mars, Mauvais Genre(s) a remis le couvert pour un deuxième tome de l’aventure LGBookT+ et une nouvelle fois, ce fut riche en échanges et en partage! Nous vous proposions encore une fois de venir partager vos lectures queers et féministes, qui ont mené à des témoignages et des sujets plus larges, dans la bienveillance et la bonne humeur. BD, roman, étude historique… Différents genres ont été présentés (et il n’y a pas de mauvais genre.s!).

Voici un petit tour d’horizon des ouvrages présentés lors de cette rencontre !

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Commençons par We think the world of you, par J. R. Ackerley, qui raconte

l’histoire de Franck, un homme gay dans l’Angleterre post-première guerre mondiale, qui se rend dans la famille d’un de ses amis emprisonné. Sur place, on lui demande de s’occuper d’Evie, le chien de la famille. Une histoire touchante (de salvateurs Kleenex sont conseillés) tout en restant pudique.

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Poussière d’homme, par David Lelait-Helos, est un récit autobiographique racontant la perte par l’auteur de son compagnon atteint du cancer. Non, ce numéro n’est pas spécialement dédié à la joie de vivre, mais ici le récit est loin d’être misérabiliste. L’auteur raconte la vie après l’autre, après lui.

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Les limites de la masculinité, L’androgyne dans l’art et la théorie de l’art en France (1750-1830) par Mechthild Fend est un traité d’histoire de l’art. L’autrice y explore la figure de l’androgyne dans l’art européen, principalement sous l’Empire. Elle livre ici un essai sur la manière dont la valorisation d’une figure héroïque de l’homme et le reflet d’une virilité traditionaliste révèlent une métamorphose sociale. Il s’agit d’un texte compliqué, mais malgré cela très intéressant, appliquant les concepts d’identité de genre à l’art du XIXe siècle. Ce traité, très pertinent, est à la croisée de l’histoire de l’art et des gender studies. Ce livre est également relié à des concepts féministes, notamment par la bibliographie très extensive présentée en fin d’ouvrage.

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Changeons d’univers avec Le chant d’Achille de Madeline Miller ! L’autrice conte la vie du héros Achille, mais du point de vue de Patrocle. Elle met ainsi en lumière un aspect de l’épopée que tout le monde ne connaît pas, l’optique change car c’est un personnage somme toute assez oublié qui parle. Sa relation avec Achille lui confère un statut de héros, car il doit lutter pour qu’ils restent ensemble. Dans ce récit, pas d’idéalisation, chacun a ses défauts (oui, Patrocle est un peu un loser mais on l’aime quand même). Cerise sur le casque (qui m’a laissée rédiger ça librement ?), Miller est universitaire et donc très renseignée sur le contexte historique et culturel dans lequel se déroule le récit.

https://media.discordapp.net/attachments/546803795460620289/564148657033707541/Textpost_achille_et_patrocle.jpg?width=340&height=340

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Parlons un peu de l’autrice Akemi Down Bowman. C’est, déjà, une belle personne, car elle a mis en place une base de données (que vous retrouverez ici) recensant tous les livres évoquant, de manière explicite ou non, l’asexualité et l’aromantisme, en indiquant à chaque fois si l’auteur.e est concerné.e ou non. Cette database peut paraître un peu sèche, car elle se présente sous la forme d’un tableau Excel, mais reste un projet génial pour la visibilité des personnes aro/ace. Mais Akemi Down Bowman ne s’est pas arrêtée là, car elle est également l’autrice de Summer Bird Blue. Ce drame familial raconte l’histoire de Rumi, une jeune fille d’origine hawaïenne qui a grandi avec une mère absente. Elle s’est donc beaucoup rapprochée de sa petite sœur, mais lorsque celle-ci meurt dans un accident, Rumi est détruite : elle avait construit sa vie autour d’elle et de leur groupe. Elle est confiée à sa tante, à Hawaï, et commence sa reconstruction. On suit sa réflexion sur sa recherche personnelle, elle se découvre aromantique, doit comprendre ce que cela signifie. Cependant, si l’aromantisme est un thème explicite du livre, il n’est pas central. Par ailleurs, petit avertissement : le livre n’est pas disponible en français, une bonne maîtrise de la lecture en anglais est donc recommandée.

Au tour de Just kids de Patti Smith, une autobiographie qui n’est pas centrée sur les problématiques LGBTQ+, mais qui nous a tout de même beaucoup intéressé.e.s. L’autrice raconte sa rencontre avec Robert Mapplethorpe et retranscrit, à travers son regard, la vie de l’artiste et son éveil sexuel. Ce livre expose la sous-culture queer, notamment BDSM. De fil en aiguille, nous avons parlé de Mapplethorpe, mort du SIDA, et des différents documents que nous avions vus sur sa vie. À voir si la vie de Mapplethorpe vous intéresse : Mapplethorpe : Look at the pictures (2016).

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Vous connaissez peut-être l’ouvrage qui a été présenté ensuite, car il est issu d’un projet lancé en ligne par deux dessinateurs : le projet 17 mai. Silver et Pochep ont créé un blog BD traitant des lgbtphobies, invitant différents illustrateurs, concerné.e.s ou allié.e.s, à participer à ce projet. En tout, plus de quarante illustrateurs ont contribué, d’abord sur le blog (que vous pouvez retrouver ici), puis dans deux recueils. Pour le lecteur, c’est l’occasion de rencontrer différents auteurs et styles, mais aussi de découvrir plusieurs histoires, plusieurs parcours LGBTQIA+. En plus (ce projet est décidément génial), tous les bénéfices de vente sont reversés à l’association SOS Homophobie.

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Alors lire, c’est bien, mais parfois on en a un peu marre… Pas de problème ! Sorti en 1975, le résolument moderne Cunt coloring book par Tee Corinne vous propose de vous adonner à la pratique relaxante du coloriage, mais pas n’importe lequel. Il s’agit en effet ici de coloriser des vulves, de toutes les formes (et de toutes les couleurs, mais ça on vous laisse faire).

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Enfin lire, c’est bien quand même, et on tient à le prouver avec Le goût de Monsieur : L’homosexualité masculine au XVIIe siècle par Didier Godard, qui fait partie d’une série sur l’homosexualité dans l’histoire. Il est intéressant de constater que l’auteur pose dès le début des repères en faisant un panorama de la position juridique des pays européens, et on comprend très rapidement que ce n’est pas l’amour entre hommes (ou entre femmes, même si le livre se concentre surtout sur l’homosexualité masculine) qui est condamné, mais bien l’acte de sodomie. Et ça concerne tant les homos que les hétéros, qui sont eux aussi condamnés ! L’auteur traite ensuite des différentes classes sociales, permettant un aperçu de toutes les couches de la société, avec évidemment un accent mis sur l’aristocratie, car elle demeure la mieux documentée.

Enfin, nous avons parlé d’un journal paru entre 1971 et 1973 : Le torchon brûle. Ce journal féministe compte 7 numéros, aujourd’hui numérisés (que vous pouvez lire ici ou à la bibliothèque Marguerite-Durand dans le 13e arrondissement). La plupart des articles sont collectifs ou non signés, et la publication dite « menstruelle », car irrégulière ! En plus, l’équipe de rédaction change à chaque numéro, permettant une vision de féminismes au pluriel tout en nécessaires nuances. Un beau projet qui a fait de nombreux enfants, et que l’on vous invite à découvrir.

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Et voilà, c’est déjà fini pour cette édition ! Non, ne pleurez pas, nous revenons bientôt… Mauvais Genre(s) en général, et le Pôle Écoute en particulier, ont été ravis de voir qu’encore une fois, LGBookT+ avait été un espace d’échange et de débat sécurisé et intéressant, qui nous a donné à tous l’envie de lire tous ces ouvrages, et, on l’espère, à vous aussi !

N’hésite pas à partager ce résumé s’il t’a plu, et à commenter (un com’ chez moi, deux com’ chez toi).

De gros bisous inclusifs à tous.tes, et à très bientôt !

Le Guide de la Pride

Ce que tu dois savoir pour comprendre :

Ça y est, cette fois c’est sûr, tu rejoins le dangereux lobby LGBTQIAA+ le temps d’une marche ? Petit problème : c’est ta première Pride ? Tu appréhendes ? Tu ne sais pas quelle attitude adopter ? Tu viens de sortir du placard (ou tu voudrais y rester) ? Tu as peur de tenir des propos blessants ou inappropriés sans le vouloir ? Tu ne connais pas l’histoire de la Pride ? Ou tu as juste besoin de conseils pratiques pour marcher en toute sérénité ? Pas de soucis, Mauvais Genre(s) est là ! Que tu nous rejoignes à celle de Paris ou que tu marches ailleurs dans le monde, voici un petit topo sur notre belle Marche des Fiertés, nous espérons qu’il répondra à tes questions !

Mais qu’est-ce que la Pride ?

Evidemment, le premier conseil que nous pouvons te donner c’est de te renseigner sur l’histoire de la Pride, et bien sûr nous allons t’expliquer (dans les grandes lignes) d’où elle vient.

Tout a commencé il y a tout juste 50 ans, avec les émeutes de Stonewall, à New York, dans la nuit du 28 juin 1969. A l’époque, le contexte est très mauvais pour la communauté LGBTQIAA+, et les lois ne jouent pas en notre faveur. Les seuls endroits où les personnes queer peuvent se retrouver sont des bars tenus par la mafia, et parmi eux, le Stonewall Inn. Cette nuit de 28 juin 1969, la police effectue une nouvelle descente très violente dans ce bar. C’est le climax d’un contexte social très dur, de surveillance, de harcèlement moral, de répressions morales policières qui explose le 28 juin dans la nuit. Cela donne lieu à des affrontements entre les forces de l’ordre et la foule, au premier rang desquels les personnes les plus marginalisées de la communauté, à savoir les personnes trans racisée, le lesbiennes butch, et les femme gays. Un an plus tard, pour commémorer ces émeutes, la première Pride a lieu. Voilà, tu connais l’histoire de la Marche!

Sylvia Rivera, à gauche, et Marsha P. Johnson lors d’une manifestation pour les droits LGBT à New York en 1973. (Diana Davies/Manuscripts and Archives Division, The New York Public Library )

Et pourquoi on continue d’organiser des Pride alors ?

Tout simplement parce que encore aujourd’hui nous devons lutter pour nos droits ! Et aujourd’hui, comme le montrent les agressions subies par des personnes transgenres, homo, les camps en Tchétchénie et d’autres horreurs… cette lutte est plus que nécessaire ! Et cela nous donne une visibilité dont nous avons malheureusement besoin, en effet, nous sommes encore trop peu pris en compte, et les clichés que nous subissons ont la peau dure! Enfin, c’est une occasion parfaite pour rencontrer des gens, en retrouver, s’affirmer, et partager.

Le problème de « Gay Pride », ou le point vocabulaire :

Alors. La Pride, ce n’est pas un événement uniquement réservé à la population désignée comme gay, cad les hommes hétérosexuels, il y a les asexuel-le-s, les lesbiennes, les pansexuel-le-s, les bisexuel-le-s, les personnes non-binaires, les personnes transgenres, les personnes intersexes et tant d’autres… Alors on fait en sorte de rester inclusif-ve-s, s’il vous plaît ! En plus non seulement ça fait plaisir de prendre tout le monde en compte, mais dire « Pride » c’est moins long que de dire « Gay Pride », alors chacun y trouve son compte !

Les Conseils pratiques pour une belle Pride

Maintenant que tu en sais un peu plus sur la Pride et son contexte, tout d’abord sache qu’il n’y a aucune obligation de venir marcher. Ne pas venir à la Pride, quelle qu’en soit la raison, ne rend pas ton identité queer illégitime. Tu n’es pas une mauvaise personne LGBTQIAA+ et tu es libre de décider que la pride ne représente pas tes principes, ne représente pas tes idéaux, ou tout simplement qu’elle n’est pas faite pour toi ou encore que tu voudrais y aller mais que pour diverses raisons ce n’est pas possible. Il n’y a rien d’obligatoire, et quoi que peuvent en dire les autres, tu restes toi.

Passons maintenant aux règles de savoir vivre à la pride :

  • Ne commente pas la tenue des autres (oui même si c’est “court” ou si c’est “moche”, rappelle-toi, la beauté c’est subjectif et le slutshaming ne te mènera à rien)
  • N’utilise pas certains mots problématiques si tu n’es pas de la minorité concernée (comme pute, pédé, gouine, enculé, travelo, transexuel, autiste, handicapé -ces deux derniers ne devraient même pas être des insultes-)
  • Ne pas juger le genre d’une personne et donc son pronom au physique selon ta propre opinion
  • Ne pas juger de la légitimité d’une personne dans la Pride selon son expression de genre (elle peut avoir “l’air” hétéro cisgenre et pourtant… on te rappelle que ton identité de genre ou ton orientation sexuelle n’est pas écrit sur ton front).
  • Si tu n’es pas sûr.e de ses pronoms, donne les tiens et/ou demande ceux de la personne avec qui tu discutes (se présenter en disant “Salut je suis x et mes pronoms sont y” c’est un bon moyen d’éviter les malaises et inciter l’autre personne en face à en faire autant).
  • Tu es dans un espace intercommunautaire, au croisement de plusieurs luttes, pense à tes privilèges.
  • C’est un moment de célébration et de fête, mais fait attention aux contacts physiques avec les gens. Certaines personnes ont des blocages physiques importants. Surtout n’oublie pas le consentement dans toutes les situations.
  • Si tu prends des photos de groupes : demande si tout le monde est ok de voir la photo sur les réseaux. Certaines personnes ne sont pas out, et des fois il en va de leur sécurité de ne pas être reconnue dans une telle manifestation.
  • Idem si tu prends des photos de la foule, et donc des photos de gens que tu ne connais pas, fait attention à flouter les visages.

D’un point de vue pratique :

  • Fait attention aux restrictions alimentaires des autres si tu proposes à manger à d’autres personnes (qu’elles soient liées à leur religion, à leur régime alimentaire, à leurs allergies etc)
  • Si tu proposes de l’alcool et qu’on refuse, n’insiste pas
  • Si tu as des difficultés à te déplacer, n’hésite pas à nous demander des conseils et de l’aide sur la meilleure façon de nous rejoindre, tout le monde à le droit de venir à la Pride, on sera prêt à t’aider.
  • Amène de l’eau, un chapeau, de la crème solaire, des bonnes chaussures et des protections. Il va faire VRAIMENT chaud et tu ne seras pas à l’ombre.
  • Tu n’es pas obligé.e de faire la marche du début à la fin. Viens et pars quand tu veux où tu veux.

Pour les allié.e.s :

Comment savoir que tu es un.e allié.e ? C’est un terme qui désigne une personne qui ne vit pas une identité minoritaire mais qui décide de s’éduquer, de soutenir et de s’impliquer dans la lutte pour les droits et la reconnaissance de cette minorité. Ainsi une personne d’une minorité, par exemple une lesbienne transgenre blanche, peut avoir des allié.e.s et être elle-même une alliée d’autres minorités qui ne font pas parties de son identité, comme par exemple les personnes LGBTQIAA+ racisées.

Il faut savoir que la place des personnes Hétérosexuelles cisgenres dans la Pride est débattue. Chez Mauvais Genre(s) on pense que vous avez le droit de venir d’être là, de venir avec nous mais cela implique aussi d’être conscient.e de plusieurs choses. Les conseils et recommandations qu’on a listé plus haut sont aussi pour toi. Tu as le droit d’être à la Pride, mais tu dois te souvenir que ce n’est pas pour ton identité. C’est un espace festif mais c’est avant tout un espace de revendication politique et de visibilité des minorités concernées et que, comme on l’a dit, tu es un allié.e donc ta place n’est pas sur le devant de la scène mais avec nous, en soutien. 

Ecoute les gens autour de toi, les expériences qu’iel.le.s peuvent partager, ne ramène pas les choses à toi et évite de poser des questions indiscrètes que tu ne poserais jamais à une personne hétéro cisgenre (du type “mais tu as quoi entre les jambes ?” “alors qui fait la femme dans le couple ?” etc). En étant respectueux.se, à l’écoute, tu apprendras beaucoup et tu seras un vrai soutien. En somme si tu évites d’apporter un panneau « Hétéro Pride » ou « Combattons la Cisphobie » alors tout devrait bien se passer pour toi ♥

Et enfin…

Quand je décris la Pride, j’aime dire que c’est une nébuleuse d’émotions pleine d’amour ! Oui c’est fatigant, oui il fait chaud, mais je te jure que ça vaut le coup, rien que pour ça, c’est à faire au moins une fois dans sa vie ! Tu en ressortiras peut-être chamboulé(e) et/ou regonflé(e) à bloc ! Toute expérience est bonne à prendre, et je suis convaincue que toi qui lis cet article, tu mérites d’être aimé(e). La Pride, elle sert aussi à célébrer l’amour et tout être y a sa place !

Tu peux nous rejoindre à partir de 12h aux jardins des Grands Explorateurs (stations Luxembourg et Port-Royal accessibles aux PSH). Amène ta tambouille, tes panneaux, paillettes biodégradables et on ira ensuite tous ensemble vers 14h rejoindre la cortège de la Marche de Fiertés ! (L’event Facebook est par là)

Bonne Marche des Fiertés ! ♥

Lison et Steph