La pénétration : une option ?

La pénétration peut ne pas être l’acmé d’un rapport sexuel [et heureusement] 

Gustav Klimt, Deux nues, 1905-1906, crayon sur papier, 35 x 54,5 cm, collection privée
source : Artnet

La pénétration. Le mythe de la pénétration. L’acte procréateur et potentiellement à l’origine de plaisir dans une relation hétérosexuelle. On parle bien ici de LA pénétration d’un pénis dans un vagin et non de «préliminaires» qui sont censés précéder, préparer cette pénétration.

Bon. On va pas se mentir, la réalité est un peu plus compliquée que cela et la mienne un peu plus queer.

Pour ma part je n’ai que très rarement joui [mais joui, joui quoi] d’une pénétration lors d’une relation hétérosexuelle …

Et oui mon Père, j’ai simulé.
source : Tenor

De ce constat a découlé des pensées de plusieurs ordres. [Je m’y prends mal. Telle ou telle position ne me convient pas. Je suis «clitoridienne».] J’ai remis en cause mon désir : « Si tu ne jouis pas à ce moment-là, c’est que tu n’es pas épanouie dans une relation hétérosexuelle ». La façon dont je percevais ma sexualité avait de pestilentiels relents freudiens : une immature et folâtre jouissance clitoridienne. Comme la société nous le suggère, je me suis aussi mise à rejeter l’entière responsabilité de ma jouissance, ou plutôt de son absence partielle, sur mes partenaires masculins en oubliant complètement le plaisir que je prenais durant ces fameux « préliminaires ».

Je me suis interrogée : je jouis OK. Mais pas « au bon moment ». Non mais franchement, est-ce qu’il y a un « bon moment » ? Tu as un orgasme c’est tout. Y’A PAS DE MAL A SE FAIRE DU BIEN. Pourquoi parler de « préliminaires » dans une relation sexuelle qui ne vise pas à la procréation et alors que tu ne prends pas ton pied lors de la pénétration ? Cette hiérarchie des pratiques sexuelles est-elle pertinente ? Bref, pourquoi je me demande encore parfois si «sucer/lécher c’est tromper» ?

Et puis un jour j’ai fait l’amour. J’ai joui. Lui aussi. Mais il n’y a pas eu de pénétration. On ne s’est sentis ni l’un ni l’autre obligés de sortir notre capote [à part pour une petite féfé bien sûr]. On n’a pas trouvé qu’il manquait quelque chose ou qu’on avait « pas fini ».

Première LIBÉRATION.

Oui la pénétration est une option. Et si quelque chose m’a appris cela, ce sont mes relations sexuelles avec des femmes. [Aaaahhhh un peu de queer là-dedans !]

Freudiens, s’abstenir. Car c’est bien le fait de placer la pénétration en pratique souveraine qui fait passer celles qui n’en ont pas envie ou celles qui y prennent peu de plaisir pour des « clitoridiennes », des femmes de seconde classe, immatures et qui pourraient jouir [qu’?] avec une femme mais qu’on baiserait bien quand même « pour leur montrer un peu » !

Bravo champions.
source : Tenor

C’est cela qui à mon sens est en partie responsable de l’hypersexualisation des rapports lesbiens.

Moi-même, j’ai hypersexualisé les lesbiennes, je me suis mise en scène avec des femmes dans mes fantasmes comme un réal de pornos lesbiens pour hétéros et cela me pose toujours question. Mais au début de ma vie sexuelle avec des femmes [pas celles de mes fantasmes …] m’est venue l’idée pas si évidente que ça que tout est possible, mais que rien n’est une obligation. Et cette idée était pour moi nouvelle et formidablement inspirante !

Deuxième LIBÉRATION.

C’est à ce moment-là que m’est apparue l’égale importance des pratiques sexuelles dans leur diversité. Je sais que j’en préfère certaines à d’autres et que des caresses me procurent parfois [voire souvent] plus de plaisir qu’une pénétration ou qu’un cunni. Pour moi la logique d’étapes, la gradation des pratiques n’a plus vraiment de sens, même si je concède que la pénétration a pu parfois être le point de fusion [et non d’orgasme] avec mes partenaires, peu importe leur genre. Ne plus voir la pénétration comme un objectif et surtout [par pitiééé] comme la fin d’une relation sexuelle, m’a permis de partir à la recherche du plaisir de l’autre et pour cela de découvrir son corps beaucoup plus intensément qu’en se ruant sur son sexe.

Il m’est arrivé de parler de cela avec des amis gays. Certains ont du mal à concevoir [voire ne conçoivent pas du tout] leur sexualité sans sodomie et d’autres considèrent cela comme une option ou ne la pratiquent pas [NON ce ne sont pas des gays refoulés qui font des bisous à leur copains en soirée comme ça, pour essayer]. Pour cela, je vous laisse aller lire, toujours avec esprit critique bien sûr, cet article de Têtu.

J’espère que vous avez pris plaisir à me lire et je vous dis à tout bientôt sur Mauvais Genre(s) !

Tante Pétu, qui vous veut du bien.